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comment j'ai détesté les maths
wtf maths

Présentation des grands mathématiciens présents dans "Comment j'ai détesté les maths"

cedric villani

cédric villani

Né en 1973 à Brive-la-Gaillarde
Directeur de l'Institut Poincaré
Médaille Fields 2010

anne siety

anne siety

Née en 1967 à Boulogne sur Seine, France
Psychologue clinicienne, psychopédagogue en mathématiques

francois sauvageot

francois sauvageot

Né en 1966 à Montbéliard, France
Professeur en Maths sup, Lycée Clemenceau Nantes

george papanicolaou

george papanicolaou

Né en 1943 à Athènes, Grèce
Professeur de mathématiques à l'université Stanford, USA

jean pierre bourguignon

jean pierre bourguignon

Né en 1947 à Lyon, France
Directeur de l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHES)

jim simons

jim simons

Né en 1938 à Newton, USA
PDG Renaissance Technologies

"J'ai dû dormir 3 heures. J'ai rêvé que j'étais une sorte de particule, dans un fluide, entraîné dans des tourbillons terribles, entouré de particules qui étaient chargées d'informations. Je tournais, tournais. Différents pôles essayaient de m'attirer et je perdais tout contrôle."

C'est par ces mots que nous accueille Cédric Villani sur le seuil de sa chambre d'hôtel à Hyderabad, une heure avant de recevoir la médaille Fields. Il a passé la nuit à répéter la remise de médaille dans l'immense salle qui accueillera les 3000 participants au congrès mondial de mathématiques « Y a tout un protocole. Faut se pencher mais pas trop, se courber mais un peu, être à la fois face à la Présidente et de trois quarts par rapport à la salle. Je ne sais pas si je vais tout retenir. » Habituellement la cérémonie se déroule plus simplement mais cette fois, la médaille Fields est remise par la Présidente de l'Inde, quasi-divinité dans son pays. Cédric Villani a donc fort à faire avant la cérémonie, à commencer par le repassage de ses lavallières et le choix parmi une dizaine de broches araignées qui le rendront si célèbre dans les médias.

Inconnu il y a quelques années, Cédric Villani a émergé dans le paysage mathématique français en prenant la tête de l'Institut Henri Poincaré à Paris. Sa médaille Fields l'a propulsé sur la scène internationale. Son look, son parler, sa personnalité en ont fait le chouchou des médias, en France, en Europe et en Asie. Telle une rock star, il reçoit des mails par centaines – déclarations d'amour, demandes de conseils en tout genre.

Malgré des dehors pittoresques, ce jeune directeur de l'Institut Poincaré n'en est pas moins un brillant pédagogue qui n'a pas son pareil pour mélanger anecdotes et concepts scientifiques. C'est aussi un des acteurs les plus engagés et les plus dynamiques du monde mathématique.

"Entrer dans les mathématiques c'est risqué : on essaie de comprendre, on va réfléchir pendant des heures sans y arriver, on va souvent se tromper. Mais il se passe quelque chose lorsqu'on se trompe ; c'est un début d'idée, un raisonnement… c'est l'aventure mathématique. Et tout le travail consiste à faire de ce qui advient quelque chose d'intéressant, de vivant et d'enrichissant."
 

Diplômée de l'ESCP et du Celsa, titulaire d'un DESS de psychopathologie clinique, longtemps chargée de cours à l'université (Paris-X et Paris-VIII), Anne Siety est l'auteur de plusieurs ouvrages — dont Qui a peur des mathématiques? Elle exerce en libéral et en institution.

Anne Siety se passionne pour l'énigme du blocage en mathématiques. Rares sont ceux qui n'ont pas traversé cette expérience, quelques minutes, quelques heures, ou durant l'ensemble de leur scolarité. Il ne s'agit ni d'un manque d'intelligence, ni de mauvaise volonté : tout se passe comme si les mathématiques refusaient de s'ouvrir, de se livrer. Ce sont des moments difficiles et douloureux. Les témoignages sont nombreux, à commencer par celui de Victor Hugo, qui exprime ses souffrances d'enfant "en proie à la mathématique" :
"On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux;
On me faisait de force ingurgiter l'algèbre…" (1)

Anne Siety accompagne ces enfants, ces adolescents, ces adultes en guerre avec les mathématiques. Ensemble, ils retracent l'histoire de ces blocages. Cette expérience devient le point de départ d'une véritable enquête, une recherche palpitante au cours de laquelle les difficultés se dénouent et livrent toutes leurs richesses.

(1) Les Contemplations

La mathématique est une arme chargée de futur
Mathématique pour le pauvre, mathématique nécessaire
Comme le pain quotidien
Comme l’air dont nous avons besoin treize fois par minute
(adapté de Gabriel Celaya)

François Sauvageot est loin de l’image policée qu’on attendrait d’un professeur de prépa. Son parcours – lycée Louis le Grand, Normale sup', Princeton - lui a tracé la destinée d'un de ces mathématiciens d’excellence que la France produit avec succès. Il a pourtant bifurqué pour se consacrer entièrement à la transmission des maths, par passion pour l’enseignement et faire que le grand public s’empare des maths plutôt que d’en avoir peur. Lui qui s’intéresse aux notions de hasard, de probabilités et de justice, réalise à quel point, sous couvert de vérité scientifique, la parole d’expert peut faire des ravages. « Le langage mathématique doit être une arme pour tous. Pour être à même de ne plus subir son destin, pour que chacun soit à même d’analyser ce que recouvrent des chiffres balancés dans l’espace public. »

Pour François Sauvageot, l’incompréhension entre les mathématiques et le public est due à un manque de lien. Il faut créer des ponts, faire comprendre ce qu’est la réalité de la vie d’un mathématicien et de sa discipline. Parler de la vie avant la théorie.

"En finance, les mathématiques ont servi de couverture aux prises de décisions des banques. La profondeur de la recherche mathématique, le doute, le questionnement, le remise en cause : tout ce qui guidait la science depuis 300 ans a été compressé. Mais tout le monde jouait le jeu, la fête continuait, les banques faisaient de l'argent, personne ne voulait arrêter la danse. Il y a eu une inflation démesurée de l'espoir que l'on plaçait dans les mathématiques. Mais utilisez les maths à mauvais escient et elles se vengent."
 

Après un diplôme en ingénieurie à New York et un doctorat en mathématiques, George Papanicolaou devient en 1976 professeur au Courant Institute NYC puis directeur du département Mathématiques appliquées et propagations des ondes. Il enseigne à l'université Stanford depuis 1993 et a reçu de nombreux prix et reconnaissances, dont le "Prix William Benter en mathématiques appliquées" en 2010 et le "Prix Josiah Willard Gibbs" en 2011.

C'est en 1995 qu'il s'intéresse aux maths financière, quand un de ses étudiants lui propose de travailler avec lui sur ce domaine à l'époque très nouveau. "Il n'y avait que très peu de livres sur le sujet. Je me sentais moi-même comme un étudiant, c'était comme un recommencement, une expérience formidable. Et comme chaque professeur sait, le meilleur moyen d'apprendre quelque chose c'est de l'enseigner." George monte donc un cours de maths financières qui formera les meilleurs traders de Wall Street. "Bien sûr que je me sens responsable. Quand vous enseignez un telle matière, vous ne pouvez faire comme si de rien n'était, vous devez leur dresser un tableau aussi juste que possible, leur montrer l'envers du décor. C'est un des choses que j'essaie de transmettre à mes étudiants: les mathématiques sont un outil très puissant qui peut être mal utilisé." George marque un temps, pensif "Mais c'est vrai qu'une fois qu'ils intègrent Wall Street, ils sont souvent happés par le système… et ses dérives."

"Plus on avance dans la recherche, plus elle se spécialise, avec le danger de s'en tenir à une vue partielle de sa discipline. Quand on parle de la responsabilité du mathématicien, il est très facile de se mettre des œillères et de travailler sur son domaine sans réfléchir à d'éventuelles conséquences."

Directeur de l‘IHES, Jean-Pierre Bourguignon est un combattant de la cause mathématique. Il sillonne inlassablement la planète, d'un colloque à un autre, d'une commission à une autre, courbé sous le poids d'une sacoche en cuir noire, prête à exploser sous le nombre des dossiers.
Spécialiste de la courbure de Ricci, de l'estimation géométrique des valeurs propres de l'opérateur de Laplace-Beltrami et la géométrie kählérienne, Jean-Pierre Bourguignon a cependant dû peu à peu renoncer à ses travaux scientifiques faute de temps. Il a été président de la Société Mathématique de France, de la Société Mathématique Européenne. Il préside le comité d'éthique du CNRS depuis 2007 et fait partie des comités d'administration de différents instituts à travers le monde.
Personne mieux que lui ne pouvait nous introduire dans les arcanes d'un monde où se focalisent nombre des enjeux de notre société moderne. Il se désespère du rôle sélectif qu'on a fait jouer à cette discipline et enrage que certains ne voient en elle qu'un outil en laissant de côté sa dimension philosophique.

Issu d'une famille modeste, il a gravi tous les échelons un à un. Polytechnicien à 22 ans, il y mènera la fronde de mai 68, participera à la rénovation de l'institution où il donnera ensuite des cours. Obsessionnel et travailleur, Jean-Pierre Bourguignon est devenu un acteur incontournable du monde mathématique au niveau mondial. Il vient de prendre sa retraite de l'IHES, va donner des cours à l'université Stanford (EtatsUnis) jusqu'à la fin de l'année, avant d'être appelé à de plus hautes fonctions dans la recherche au niveau européen.

"L'avantage qu'ont les mathématiciens à  la bourse, ce n'est pas tant leurs talents mathématiques ou informatiques que leur capacité à penser scientifiquement. Ils sont ainsi moins susceptibles de suivre une  stratégie apparemment gagnante mais statistiquement trop aléatoire."

Partir à la rencontre de Jim Simons, c'est rencontrer un mythe, celui de l'American Dream. Ou comment, grâce aux maths, un modeste professeur de l'université de Stony Brook est devenu milliardaire.
Qualifié de « best trader of the planet » par le Wall Street journal, le fondateur du fond d'investissement Renaissance Technologies, Jim Simons, 75 ans, fut l'un 5 directeurs de Hedge fund interrogé par la commission d'enquête du Sénat américain sur la crise des subprimes. Sa particularité ? Etre à la fois mathématicien et l'un des acteurs les plus influents de Wall Street.
C'est en 1982, à 40 ans passés, que Jim Simons décide du plus grand virage de sa vie et fonde Renaissance Technologies. 30 ans plus tard, la fortune de Jim Simons est estimée à 15 milliards de dollars.
Soutien généreux des démocrates américains et d'associations comme Math For America destinée à mieux former les enseignants en mathématiques, Jim Simons déjoue tous les clichés. Il spécule en scientifique : les bilans comptables ou résultats financiers sont juste analysés comme une série de chiffres dont on repère les variations, sans se demander s'ils sont bons ou mauvais. Mais cette scientifisation de la finance est-elle plus rassurante ? Pas sûr. Il n'en reste pas moins que Jim Simons est au cœur d'un système qui a fait trembler le monde et le menace à nouveau.
Comme les physiciens de l'atome avaient dû s'interroger sur la finalité de leur activité dans les années 40 avec la bombe atomique, les mathématiciens sont pour la première fois conduits à se poser ces questions d'éthique et à remettre en cause leur responsabilité directe dans l'évolution de la société. Et Jim Simons est vraiment au cœur de cette problématique. Tout comme George Papanicolaou, professeur de mathématiques financières à Stanford.